Eglise, abus sexuels, quelle prévention possible ?

L’actualité nous bombarde en ce moment de ces sujets dramatiques de pédophilie et d’abus sexuels dans l’Eglise… Un documentaire d’Arte, le film Grâce à Dieu de François Ozon, la rencontre au Vatican… Il est certain que le sentiment d’impunité qu’ont pu avoir nombre de ces agresseurs est maintenant plus difficile à tenir. Enfin ! L’enjeu est maintenant de savoir ce qui est en notre pouvoir aujourd’hui. Que pouvons-nous faire pour protéger les enfants particulièrement ? 

Ces affaires sont un drame, et viennent blesser la communauté catholique dans sa confiance envers ses prêtres, ses responsables. Elles sont d’autant plus révoltantes que ce sont ceux dont on espère une exemplarité (à l’image du Christ), qui ont bafoué leur engagement et abusé des enfants notamment. Notre besoin de transcendance est lui aussi mis à mal : si même des prêtres sont capables d’abuser des enfants, comment avancer en confiance dans ce monde ? 

Cette vérité douloureuse qui ressort est néanmoins salvatrice. Je comprends la colère et la révolte de beaucoup, le dégoût que l’on peut ressentir devant la manière avec laquelle tout cela a été géré. Mais je suis aussi rassurée pour les victimes, qui vont ENFIN pouvoir être accompagnées d’une manière ajustée. La vérité finit toujours par ressortir…

 

La violence la plus forte a été de nier ces abus, et de faire en sorte qu’ils soient cachés.

Pour les victimes, nier ces blessures les a empêchées de guérir tout simplement. L’explosion du scandale aura au moins cette conséquence d’améliorer la prise en charge de ces problèmes, et j’en suis sûre, d’éviter d’autres abus. Petit à petit, l’Eglise est en train elle-aussi de prendre des décisions pour faire la justice. Il était temps.

Mais il me semble important de rappeler que la plupart des abus n’ont aucun lien avec l’Eglise. Nous avons eu l’affaire Weinstein à Hollywood spécifiquement, mais le #MeToo a bien manifesté que les horreurs sont partout. Je me demande d’ailleurs quand l’Education Nationale aura aussi « son affaire » : on en entend régulièrement parler dans les faits divers, mais des statistiques seraient intéressantes.

 

Ceux qui peuvent nous faire du mal sont les personnes que l’on voit au quotidien. 

Un documentaire est sorti sur France 5 début 2019 sur l’inceste (Inceste, que justice soit faite). La France a plus de 4 millions de personnes concernées par ces abus selon l’Association Internationale des Victimes d’Inceste (en sachant que très peu de personnes osent en parler, les statistiques sont donc à voir à la hausse). Il s’agirait à mon sens de prendre conscience de ce chiffre… Au lieu de se focaliser uniquement sur les affaires qui « font du bruit ». Il y en a des milliers dont on n’entend pas parler dans les médias. Mais elles sont bien là. Nos familles, nos écoles, nos lieux d’activités divers et variés… tous sont concernés. Entre 70 et 80% des cas d’abus s’y passent. Et 1 cas sur 3 n’en parle avec personne (Données 2017 recueillies par l’organisation no-profit THORN).

Au niveau mondial : en 2017, l’OMS a estimé que jusqu’à un milliard de mineurs âgés de 2 à 17 ans a subi des violences ou des négligences physiques, émotionnelles ou sexuelles. Les abus sexuels (des attouchements au viol), d’après certaines estimations de l’Unicef de 2014, concerneraient plus de 120 millions de fillettes. Mais les garçons sont également touchés par ce fléau.

Se focaliser uniquement sur l’Eglise est dangereux : on se crée des œillères pour oublier que les drames arrivent ailleurs pour la plus grande majorité. Sauf que la politique de l’autruche n’a jamais sauvé ni protégé personne.

 

Quelle prévention donc pour les enfants ? (Notamment par rapport à l’Eglise)

Comme conseillère, les parents que je rencontre en conférence me posent des questions. Mais soyez sûrs que je n’attends pas qu’on me pose des questions pour aborder le sujet avec eux. Il est urgent que certains prennent leurs responsabilités pour parler à leurs enfants et les protéger ainsi des agressions. Il est malheureux de voir que certains se sentent concernés uniquement s’il y a eu un problème dans leur environnement proche. L’enjeu est de justement ANTICIPER ces abus pour qu’il n’y en ait plus !

Je suis de la génération qui a été sensibilisée au fait de ne pas accepter de bonbons d’un inconnu, ni de monter dans sa voiture. C’est devenu un principe d’éducation évident pour tous les parents aujourd’hui, et cette prévention a été à mon sens efficace pour apprendre la prudence aux enfants. 

Il faut obtenir exactement la même prudence et la même évidence concernant les abus sexuels. 

 

L’éducation avant la prévention. 

En terme de construction de la personnalité, c’est dans la confiance et la sécurité affective que se construisent réellement des adolescents. La spécificité de ce sujet fait que si nous voulons que nos enfants ne soient pas uniquement dans la méfiance vis-à-vis des adultes, il FAUT commencer par le « beau ». Le respect du corps et sa dignité, l’amour et la tendresse… Plus vous les aiderez à savoir qui ils sont, le TRESOR qu’ils sont, en montrant après que certaines personnes dans la vie peuvent l’oublier, plus vous les protégerez. Vous leur transmettez ce qui donne une véritable force intérieure : celle qui est capable de dire OUI à ce qui est bien pour moi, et NON à ce qui peut me faire du mal.  

Je dis cela parce qu’aucun parent ne pourra « mettre sous cloche » son enfant, nous le savons. Nous parlons ici de la prévention des abus sexuels, mais la prévention du viol psychologique des jeunes confrontés à la pornographie est aussi extrêmement préoccupante. 

Parler du corps à son enfant

La seule réponse valable et positive restera l’éducation qui accompagne un enfant vers l’âge adulte dans tous les domaines de sa vie, et non simplement à l’école. L’éducation affective et sexuelle est NECESSAIRE et un passage essentiel. Je sais aussi que ceux qui n’ose pas en parler, ou se sentent démunis, pourraient être intéressés par la formation « Puberté pour Aimer » que je lance. Reprendre les bases et faire en sorte d’apprendre à transmettre une belle vision du corps et du respect qu’on lui doit, voilà l’objectif d’un atelier pour les parents qui parle de puberté. Cette période de changement est une charnière entre l’enfance et l’âge adulte, et peut être l’occasion de transmettre énormément à son enfant. En sachant que ces clés sur le corps peuvent être doucement introduites dès le plus jeune âge encore une fois. Tout tiendra dans la manière de dire les choses, d’utiliser les bons mots. 

Pour plus d’informations sur ces formations pour les parents, cliquez ici.

 

En résumé 

Extrait d’interview accordée à G. Franquet, en école de journalisme. 

 Les abus sexuels dans l’Eglise, un sujet qui ébranle la communauté catholique, y compris éducative … une des réponses des établissements catholiques, des conférenciers qui viennent parler de la vie sexuelle et affective … Anne-Sixtine Pérardel intervient auprès d’élèves du CM2 au lycée … mais aussi auprès de leurs parents … L’actualité l’a amenée à évoquer le sujet de la pédophilie dans l’Eglise.

POUR ALLER PLUS LOIN.

  1. Témoignage d’un père dont le fils a été abusé par un prêtre (mars 2019). LIRE ICI

  2. Analyse du film Grâce à Dieu par Pascal Ide (février 2019). LIRE ICI

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