8 mars 2018 : "Mon corps ne vous appartient pas"

Marianne Durano vient de publier son essai Mon corps ne vous appartient pas – Contre la dictature de la médecine sur les femmes aux Editions Albin Michel. A sa lecture, il me semble que ce jour consacré à la femme est le moment idéal pour vous en faire une présentation. A mes yeux, il relate avec exactitude la situation actuelle de la femme dans notre pays. Et il serait temps d’y faire quelques changements...

 

La thèse que l’auteur développe tout au long de son ouvrage est simple. La maîtrise de la fécondité de la femme par la technique a conduit à une domination générale de celle-ci. Que ce soit par le gynécologue et le médecin, par la mode, dans la sexualité, au boulot… tous les domaines de la vie sont concernés. Et là est le problème. On nous a vanté une libération sexuelle avec la contraception chimique, mais selon l’auteur, nous sommes arrivés en réalité à l’aliénation la plus complète de la femme. Au profit des hommes, et du business.

 

En mettant en avant que le rapport au corps de la femme (et à sa spécificité qu’est la grossesse) reste cantonné à un « problème à résoudre techniquement », elle dénonce le traitement systématique de la femme féconde comme un enjeu de laboratoires pharmaceutiques, de la femme enceinte comme une malade, et de la femme « tout court » comme un homme à capacités réduites pour le monde du travail.

 

L’essayiste nous livre ici une analyse sociétale qui nous rappelle le mystère de la fécondité du corps féminin. La tentation de l’Homme, quand il ne comprend pas quelque chose, a toujours été d’enfermer dans des petites cases une réalité qui ne se laisse pas connaître facilement. On pourrait dire ici qu’il a enfermé la femme dans la petite case « maladie à soigner ». Et cela alors même que la science et les techniques pour découvrir la fécondité de la femme n’ont jamais été aussi creusées et approfondies. Marianne Durano développe d’ailleurs toute une partie de son livre sur ce qu’elle préfère appeler la « régulation autonome des naissances ». Pour elle, cette méthode basée sur la connaissance du corps féminin est le moyen à privilégier pour permettre une sexualité respectueuse du corps de la femme, et surtout libre de toute technique hétéronome qui la prive de sa fécondité (hétéronome = qui rend dépendant d’un dispositif dont on ignore le fonctionnement).  

 

Outre le scandale de la technique qui produit les médicaments aux infertilités qu’elle crée elle-même (par les produits qu’elle fait ingérer aux femmes notamment), Durano aborde aussi une « nouvelle » vision du foyer très intéressante. Elle l’oppose à ce que la société promeut par tous les moyens : « le pouvoir d’achat des ménages », entité marchande soumise au business d’entreprises richissimes qui ne recherchent ni le bonheur des familles, ni leur santé. Elle montre ainsi que c’est toute la vision actuelle de la société et de la politique qu’il faudrait transformer.

 

Je conseille ce livre au raisonnement philosophique solide à toutes les personnes qui souhaitent le bonheur et l’accomplissement des femmes. En permettant d’appréhender en détails l’influence phénoménale que la technique a pu avoir sur leur vie, et les propositions qui peuvent révolutionner notre rapport à sa fécondité, il est une aide précieuse pour prendre ENFIN les moyens d’être et vivre profondément ce que nous sommes en tant que femmes.

 

« Qu’est-ce qu’être une femme ? C’est vivre dans sa chair la possibilité d’un autre, redouté et désiré, dont la virtualité même scande son devenir. C’est rejouer chaque mois dans son corps le rythme des saisons, l’effervescence du printemps et la décomposition de l’automne, savoir intimement que l’humain est un être de nature, et que la vie en lui veut se transmettre avant de mourir. C’est être, en son corps même, un être de relation, qui vit ses amours dans la perspective de cette union cachée qu’est la grossesse. Un être dont le corps est capable d’en soigner et d’en nourrir un autre » (Marianne Durano, Mon corps ne vous appartient pas, p. 276)

 

Une petite mise en garde (très personnelle) : les premiers chapitres sur la domination gynécologique et médicale, notamment pendant la grossesse, sont un peu trop crus à mon goût. La réalité est dure, mais pour une jeune femme qui n’a pas eu d’enfants, et qui n’est pas complètement traumatisée par son gynéco, l’effet peut être assez… "traumatisant". Je préfère prévenir !

 

Disponible en librairie ou sur internet.

 

 

 

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