La grossesse non désirée en roman, intéressant !

Arte a diffusé son reportage Les croisés contre-attaquent le 6 mars 2018 sur l’état actuel de l’accès à l’avortement en Europe : un documentaire très intéressant qui montre l’influence puissante des « réseaux Pro-Vie », et le nombre important, dans les pays où la religion est prégnante, de médecins objecteurs de conscience.

 

J'ai eu dans la même période l'occasion de lire le roman qu'a publié Clotilde Merza Un pas en avant, deux pas en arrière (Ed. des Béatitudes). Il est vraiment temps que je vous en dise un mot ! 

L’assistante sociale nous  livre un récit simple, l’histoire de vies comme les nôtres qui se voient bouleversées par une annonce de grossesse non prévue. En mettant en scène un couple adolescent et un couple mûr ayant déjà plusieurs enfants, l’auteur présente deux exemples, deux réalités où les repères disparaissent pour laisser place à la peur. Face à cet évènement, les parents, les amis, l’école… donnent leurs avis et tous s’entrechoquent. La pression du regard des autres, l’importance de l’image que l’on renvoie, le questionnement intérieur qui pèse le pour et le contre… Clotilde Merza a su représenter toute en nuances, la complexité de ces situations.

Une lecture facile et rapide pour les vacances, où les professionnels de l’accompagnement retrouveront par écrit ce qu’ils entendent en cabinet. Parfait pour sensibiliser sur ce sujet tabou, sans tomber non plus dans les clichés ou dans la moralisation à outrance. A partir de 16 ans. 

 

Trois questions que j'ai posées à l'auteur... 

 

Que pouvez-vous dire de la pression qui peut être ressentie en cas de grossesse non-désirée ?

Clotilde Merza : Une femme peut elle-même se mettre sous pression. Ses peurs, ses angoisses, sa difficulté à dépasser le choc de la découverte de la grossesse va parfois la pousser à agir très vite. J’ai pu voir également dans certaines situations à quel point le poids de l’entourage est présent. Chacun a tendance à y mettre son petit grain de sel, en fonction de ses propres désirs, idéaux, convictions, se projetant dans la vie de son amie, sa fille, ou sa mère, sans même lui donner la possibilité de s’exprimer ou de réfléchir. L’engagement professionnel peut-être également une source de stress. Comment l’annoncer à son employeur, comment va-t-il réagir ? (peur de la « mise au placard ») Enfin, et là je pense que nous sommes tous concernés : quel regard posons-nous sur une femme enceinte, en fonction de son âge, de son milieu social, du nombre d’enfants qu’elle a déjà, de sa situation professionnelle ? Faut-il la féliciter ? Est-elle mariée ? Est-ce bien raisonnable ? Finalement, j’observe qu’il y a des cases et des normes bien précises dans lesquelles une femme doit rentrer pour permettre à cet enfant d’exister et ces cases sont un peu contraignantes et anxiogènes !

 

Quel conseil donneriez-vous pour devenir libre de cette pression ?

Clotilde Merza : Prendre son temps avant de décider ! Dépasser l’étape de la découverte de la grossesse : avoir peur, paniquer, ne pas se sentir à la hauteur, c’est normal.  Ensuite essayer d’analyser la situation plus sereinement, si c’est possible. Parler avec des personnes bienveillantes qui aideront à y voir plus clair.

Puis, il me semble essentiel de se poser cette question : est-ce que je ne veux pas de cet enfant, ou bien est-ce que ma situation (familiale, professionnelle etc,) ne me permet pas de garder cet enfant ? Il y a une grande nuance entre « ne pas vouloir » et « ne pas pouvoir ». Dans le deuxième cas, il existe beaucoup d’aides financières et matérielles pour permettre à une femme d’aller au bout de sa grossesse. Notre pays est bien doté à ce niveau-là !

Pour terminer, je voudrais dire qu’il est évident pour moi qu’une femme mal informée est une femme qui n’est pas libre de choisir.

 

Alors qu’aujourd’hui on écarte l’homme de la décision finale parce que « mon corps m’appartient », qu’est-ce que vous avez voulu montrer en écrivant plusieurs chapitres qui intègrent son point de vue ?

Clotilde Merza : Dans certaines situations des hommes sont bien présents et se sentent concernés ! Je voulais à travers mon roman, leur donner la parole et les faire exister aux yeux de la société. On me répond très souvent que les hommes, dans une majorité des cas poussent leur conjointe à avorter. Mais que faisons-nous pour tous les autres ? Ceux qui veulent assumer leur paternité ? En écartant autant ces derniers, nous les encourageons à ne pas se comporter en personnes responsables et à laisser ainsi leur conjointe se débrouiller toute seule. D’ailleurs, dans beaucoup de situations leur soutien et leur présence sont d’une importance cruciale ! Il faut à mon sens, encourager le dialogue et la communication. Ne les oublions pas.

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Un pas en avant, deux pas en arrière, Clotilde Merza, Editions des Béatitudes 2018.

 

 

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