Interviewée par Aleteia : L’éducation affective et sexuelle, un défi pour le XXIe siècle

"Mettez des capotes, prenez la pilule, protégez-vous… Les lycéens en ont marre de la prévention !" Conseillère en vie affective et sexuelle, Anne-Sixtine Pérardel soutient une pédagogie novatrice au plus proche des jeunes.

Après une licence de Philosophie, Anne-Sixtine Pérardel, 22 ans, a obtenu son certificat d’Éducateur à la vie à l’Institut des sciences de la famille de Lyon. « La vie, je sais, c’est assez vaste », sourit-elle, décidée à accompagner la vie affective et sexuelle des jeunes dans toutes ses dimensions, persuadée que « ce qui va les guider vers le bonheur, ce n’est certainement pas le préservatif ».

« Un lycéen peut d’avantage s’identifier à moi grâce à mon âge »

Le travail de beaucoup d’interlocuteurs sociaux consiste à écouter, sans brider la liberté de la personne qui doit trouver sa voie par lui-même. La liberté, c’est pourtant être capable de choisir la meilleure option pour son bonheur et celui des autres. C’est le travail du conseiller en vie sexuelle d’apprendre à faire bon usage de sa volonté dans le cadre affectif. Ses principales missions consistent à :

  1. Monter des points d’écoute dans les collèges et les lycées pour accueillir, écouter et faire réfléchir le jeune sur ce qu’il veut profondément ;
  2. Intervenir lors de colloques ou de formations pour donner des repères, du sens, travailler les désirs de chacun et l’estime de soi ;
  3. Agir comme relai entre les parents, les professeurs et l’élève pour l’orienter si besoin vers un autre professionnel : éducateur spécialisé, psychologue, prêtre, juriste…

 

Aleteia : Comment est accueilli votre travail auprès des collégiens et des lycéens ?

Anne-Sixtine Pérardel : « Merci Madame, continuez Madame, c’est génial ce que vous faites ! » On interroge (qu’est-ce qu’un homme ? Les trois buts de la relation sexuelle ? Le sentiment amoureux ?), on provoque un peu. J’essaie de leur apprendre à mieux se connaître, cela rassure beaucoup… avec tout ce qu’ils voient ou entendent, les jeunes sont déboussolés ! Je leur dis qu’obtenir ce qu’ils désirent profondément, c’est du boulot mais c’est possible. Je cherche à vivre ce que je dis, et les jeunes le perçoivent : ce n’est pas du « fake » comme ils disent. En plus de recevoir une réponse à ses questions, il faut que le jeune reparte en se posant d’autres questions. Voilà le signe qu’il tend vers un idéal, idéal qui correspond à ses désirs les plus profonds, loin du relativisme philosophique. Personne ne leur dit quelque chose de positif sur la sexualité. Ils sont bouffés par la prévention, les capotes, les pilules, les préservatifs : je vous assure, ils étouffent !

Quelle différence il y a-t-il entre votre travail et celui des intervenants du Centre de liaison des équipes de recherche Amour et famille ?

Nous nous complétons, les intervenants du CLER ont la même formation d’éducation à la vie mais ils n’ont habituellement pas le même bagage philosophique. Ce sont principalement des mères de famille, et certains jeunes peuvent ne pas être réceptifs quand ils entendent une personne de la génération de leurs parents parler de sexualité. Un lycéen a besoin de voir des témoins : un autre jeune heureux et bien dans sa peau et je ne pense pas avoir l’air tendue, déprimée ou même « coincée ». D’un autre côté, beaucoup s’émeuvent devant les photos de grands-parents qui s’aiment depuis 50 ans ! Super témoignage, ils y aspirent tous.

Vous êtes catholique. Que signifie pour vous la joie de la mission ?

J’aide les personnes à se connaître, à s’aimer et à aimer vraiment les autres… Extraordinaire mission, n’est-ce pas ! Ma conviction est que si déjà, « humainement », les gens arrivaient à bien s’aimer, ce ne serait pas mal… la beauté de l’amour humain ouvre à l’amour divin. Le « discours purement catho » ne passe pas auprès des jeunes. Par conséquent, il faut y aller étape par étape. Cela demande de s’adapter à chacun. Je sais aussi que cela me demande une vie de prière et une union intime à Jésus. J’aime bien la parole de sainte Bernadette, elle me fait relativiser si je stresse avant une intervention : « Je suis chargée de vous le dire, pas de vous convaincre ! ». Je sème, et un jour cela poussera. C’est sûr que c’est un métier d’espérance, on n’en voit pas forcément les fruits tout de suite. Mais il y a toujours la joie profonde de transmettre ce que, à mes yeux, j’ai de plus beau et de plus grand en moi.

Votre travail consiste-t-il à proposer aux jeunes de vivre l’idéal du couple tel qu’il est enseigné par l’Église ?

Il est clair que mon discours est en adéquation avec ce que dit l’Église. La difficulté réside dans le fait que le monde n’est plus catholique… et que même ceux qui se disent « cathos » ne veulent en général pas entendre parler du discours de l’Église. La philo fonde parfaitement la formation d’éducation à la vie : elle est toujours vue comme quelque chose d’objectif ! Tout ceci m’amène à parler de la spiritualité de la personne humaine, et j’évoque toujours la dimension religieuse de l’homme comme étant une de ses parties constitutives, à déployer également… Personne ne tient jamais ce discours ! Et ce n’est certainement pas le Planning familial qui le fera. À partir de là, je n’approfondis le sujet de la religion que lorsqu’il y a des questions. Mais vous voyez, j’ai ouvert une porte, j’ai semé quelque chose…

Quelle crédibilité peut-on avoir quand on n’a soi-même que 22 ans et pas d’expérience de la vie en couple ?

Que savez-vous de ma vie privée ? Je n’ai pas d’alliance et la chance d’avoir un modèle parental stable. J’existe dans la même société que vous : j’ai été une ado, je suis une femme, je sais ce qu’est souffrir, s’engager, se séparer, être fidèle à ses choix. Ce n’est pas parce que je suis jeune que je suis déconnectée de la réalité : l’âge ne fait pas la sagesse. Pour le moment, je ne suis pas conseillère conjugale. Ce sera pour plus tard. Avoir fondé une famille est primordial pour accompagner au mieux un couple. Je connais mes limites, aussi.

J’ai eu l’occasion de travailler avec la sexologue Thérèse Hargot et avec l’association Couples et Familles pendant un an. En novembre, j’étais au Vatican, invitée au Colloque international sur l’esclavage moderne(#EndSlavery) organisé par l’Académie pontificale des Sciences Sociales, où j’ai parlé d’éducation, de pornographie et de gestation pour autrui. En février 2016, j’étais au Forum Wahou à Paris. A priori, si l’on m’invite, c’est que je ne suis pas complètement incompétente malgré mon âge. En général, ce sont les directeurs d’établissements scolaires qui posent la question de l’âge, se demandant comment une petite jeune femme comme moi peut réussir à tenir une classe ! Ce que tout le monde oublie, l’Éducation nationale en premier, c’est que l’autorité se fait par le charisme… et par le savoir. Pas par la taille, ni l’âge… ouf !

 

Propos recueillis par Guillaume Jesberger, retrouvez ici l'entretien.

 

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