ENTRETIEN EXCLUSIF. PMA pour des lesbiennes fertiles : idéologiquement absurde !

Entretien avec Pauline Tiberghien-Segard, gynécologuetravaillant dans le centre privé d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) de Saint Saulve (Valenciennes 59) et fondatrice en 2004 de l’association « Procréation Médicalement Anonyme » luttant pour le droit à connaître ses origines. *www.pmanonyme.asso.fr

Le Comité d’éthique s’est déclaré favorable à l’AMP pour toutes le 27 juin 2017, c’est-à-dire à l’extension des techniques médicales aux femmes lesbiennes et aux femmes seules. Cette décision n’était pas sans conséquences. Nous savions pertinemment qu’elle signait en avance une nouvelle loi « AMP pour toutes », contre laquelle il y a 12 ans, le Comité avait pourtant prononcé un avis défavorable. Cette loi, nous l’aurons en 2018.

 

Pour vous Pauline, le désir d’enfant de ces femmes lesbiennes ou seules suffit-il pour justifier que l’AMP leur soit ouverte ?

Vous savez, le « projet parental » est le sésame de nos centres d’AMP. Le désir devient de plus en plus le seul critère à respecter. Je comprends bien ce désir d’enfant, et il est légitime pour toutes femmes. Mais l’AMP est une assistance médicale. Mon quotidien est l’aide aux couples infertiles, pour lesquels il y a un problème organique. Une pathologie. Ce n’est pas une réponse pour des femmes lesbiennes ou seules, qui n’ont aucun problème physiologique. Ce n’est pas médical. Nous refusons de la même façon les femmes de 45 ans ou les couples qui ne veulent pas avoir de rapports sexuels !

 

Comme gynécologue, pensez-vous qu’on outrepasse le rôle des médecins et des gynécologues en choisissant de valider l’AMP pour des femmes qui ne sont pas infertiles à la base ? 

Il n’y a pas besoin d’être médecin pour faire cela. Ce qui me plaît aujourd’hui dans mon travail, c’est de prendre en compte la souffrance de l’infertilité, apporter la meilleure aide possible et aider les couples à vivre avec la souffrance de leur infertilité. Les médecins de la reproduction ont appris des couples cette blessure primitive de ne pas pouvoir transmettre « normalement ». Pour les couples de lesbiennes ou les femmes seules, ce sont des femmes qui désirent un enfant. C’est légitime, mais elles ne présentent pas cette blessure qu’ont les couples infertiles (sauf exception). Elles ont une incapacité à avoir des enfants liée à leur sexualité. L’homosexualité ou le célibat n’est pas une pathologie.

 

Vous posez la question du remboursement par la sécurité sociale de ces PMA pour toutes. En quoi cela vous pose-t-il un problème ?

Le remboursement par la sécurité sociale est une question à part entière. Nous ne sommes plus dans la santé. A part quelques cas particuliers, nous l’avons dit, ces femmes ne sont pas infertiles. Pour moi, nous répondons à un problème sociologique, et non à un problème de santé. Est-ce que nous avons à rembourser des actes qui ne sont pas médicaux ? Notez bien en plus que cette question du remboursement s’est posée pour des couples hétéro ! Lorsque la physiologie ne permet pas une grossesse, l’AMP n’est pas remboursée. C’est le cas par exemple pour la femme de plus de 43 ans. On fait ici la distinction entre une donnée physiologique et une pathologie.

 

Je me pose de plus la question de savoir comment vont réagir les couples infertiles hétéros, qui, après des années d’échecs se tournent vers les CECOS et attendent 18 mois qu’on les rappelle pour réaliser une insémination avec donneur. Va-t-on les faire patienter 6 mois de plus du coup ? De même, tous les donneurs sont-ils d’accord pour que leur sperme soit utilisé dans cette nouvelle indication ?

 

A propos de l’interdiction d’accès aux origines imposée par l’anonymat des donneurs de sperme : selon vous, un « mauvais sort » décidé pour ces enfants avant même qu’ils n’existent ?

Il n’est pas question de « mauvais sort ». Ce n’est pas de la magie, c’est organisé. L’interdiction d’accès aux origines imposée aux enfants est orchestrée par l’Etat français. Il crée un problème en toute légalité : tout le monde sait aujourd’hui la difficulté et la souffrance des personnes privées de leurs origines. Applaudir une technique qui fait en sorte que des enfants soient privés intentionnellement d’une partie d’eux même est tout simplement inadmissible. Et cela n’a rien à voir avec le désir d’enfant !

 

Le don de sperme a pour but l’arrivée d’un tiers et personne n’en a parlé. Certains veulent un enfant à n’importe quel prix. On oublie que le don de sperme que ces femmes revendiquent, c’est en réalité un don fait à l’enfant ! C’est un don d’hérédité fait à l’enfant. C’est l’enfant qui va porter l’hérédité du donneur. Pas la femme ! Le sperme n’est qu’un vecteur.

On ne peut pas demander son avis à l’enfant à naitre, mais on doit forcément prendre en compte son bien-être. L’éthique, c’est la non-malfaisance. Le priver de cette inscription généalogique et lui imposer ce vide est pour moi une maltraitance psychique.

 

 

Vous avez écouté le Président de la République sur les enfants nés par GPA à l’étranger. En quoi ce qu’il dit est valable aussi pour la PMA pour toutes ?

Notre nouveau président s’est inquiété des enfants issus de GPA (mères porteuses) réalisées clandestinement à l’étranger. Il a dit que ces enfants n’avaient pas à pâtir des actions de leurs parents. Mais quid des enfants de couples lesbiens, ou de femmes seules ? Un enfant ne doit pas pâtir non plus de la sexualité de ses parents. Pourquoi un enfant serait-il privé de ses origines du fait de la sexualité de ses parents ? Ce lien de cause à effet n’a pas lieu d’être.

Une société démocratique et moderne, défend le plus faible. C’est le rôle de l’Etat. Pourtant maintenant, le Comité Nationale d’Ethique propose à Monsieur Macron une voie contraire à son rôle de chef de l’Etat… qu’il emprunte allègrement.

 

Et sur la congélation des ovocytes, que pensez-vous du positionnement du Comité d’Ethique ?

Je crois qu’il faut distinguer deux cas. Le premier, est médical.

Imaginez qu’une endométriose agressive vous touche à 20/25 ans. La vitrification des ovocytes correspondrait à une préservation de votre fertilité, parce qu’à 30 ans, vous aurez peut être subi 3 interventions chirurgicales qui auront pu endommager très gravement vos ovaires. C’est une préservation médicale car pour de nombreuses femmes, on n’arrivera même plus à faire des FIV : il ne restera qu’à peine un ou deux follicules !

La préservation de la fertilité est proposée aux hommes depuis très longtemps tout simplement parce que le recueil est évidement plus facile et que la technique de congélation des ovocytes n’était pas au point.

 

Par contre, dans le cas d’une femme qui n’est pas en couple, c’est bien différent. C’est une situation qui a toujours existé, simplement nous sommes dans une société où ne pas avoir d’enfant est inacceptable.

Toutes les femmes ont droit à un enfant. Si elles sont seules : on leur propose un don de sperme, ou une congélation pour attendre le bon partenaire.  Mais la congélation est un leurre. C’est de la publicité mensongère. Un ovocyte est loin de suffire, il en faut beaucoup ! Comment peut-on savoir de combien d’ovocytes nous aurons besoin pour une grossesse prévue dans 10 ans ? Quel sera l’âge de l’utérus dans lequel nous transfèrerons cet embryon ?

On sait en plus qu’il n’y a que 4 FIV remboursées par femme. Que les FIV peuvent être dangereuses pour la santé. Si on compte 2 FIV pour la préservation de fertilité, cela ne fait plus que 2 tentatives possibles pour une grossesse ensuite ? Comment va-t-on faire ? Et si en plus le partenaire tant attendu est infertile ? Dans ce cas, le nombre d’ovocytes vitrifiés ne sera certainement pas suffisant !

Conserver ses ovocytes… Mais à quel âge ? à 35 ans, c’est tout sauf efficace ! Si on veut être efficace il faut congeler avant 30 ans !  

 

Tout est possible aujourd‘hui et pourtant tout n’est pas à faire… Même si cela n’est pas politiquement correct,  un bébé, c’est toujours « quand je peux » et non « quand je veux… ».

 

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